Interview de Joël Laiter à la Villa Daumier (Valmondois) Vendredi 23/11/18 Intervenants :
la 6è4, Mme KHEMISSI, Mme PORTELLI Interdisciplinarité Français-Arts Plastiques
1) Quelles études avez-vous fait ?
Je suis parti d’une Maths SUP puis j’ai fait des études d’architecture.
2) A quel âge avez-vous découvert votre talent ?
Je n’ai toujours pas découvert mon talent. Je suis très laborieux.
3) Qui vous a soutenu ou aidé dans votre aventure ?
4) Est-ce que vos photos ont changé votre vie ? Les photos ont changé ma vie, mon regard.
Biographie:
Philippe Honoré, dit simplement Honoré, rêve d’être dessinateur dès son plus jeune âge. Né en 1941, il publie son premier dessin, à 19 ans à peine, dans le journal Sud Ouest, comme son illustre prédécesseur Sempé dont il admire particulièrement le travail. Suite à la faillite de l’épicerie maternelle, il quitte le lycée et devient dessinateur industriel. C’est une fois à Paris, dans les années 70, que son rêve de vivre du dessin se réalise. C’est à cette époque qu’il s’installe aux Batignolles, un quartier qu’il ne quittera plus. Ses dessins sont régulièrement publiés dans Le Monde, Libération, Les Inrockuptibles, L’Expansion, Le Magazine Littéraire, La Grosse Bertha… et bien d’autres. Son style s’affirme, les nuances de gris faisant place aux larges aplats de noir. Il effectue une série d’illustrations animalières dans lesquelles on retrouve à la fois son trait si particulier et son humour. A partir de la republication de Charlie Hebdo, en 1992, il en devient un collaborateur permanent et propose chaque semaine des dessins sur l’actualité politique et économique, à l’aune de ses valeurs humanistes. Chaque mois, il réalise également un rébus littéraire pour le magazine Lire, l’occasion pour lui de montrer l’étendue de son talent graphique.
Il meurt assassiné le 7 janvier 2015 dans les locaux de Charlie Hebdo.
Pour les rébus:
Pendant plus de trente ans, chaque mois, Honoré réalise son fameux rébus littéraire pour le magazine Lire. Réinventant ce procédé classique, il construit une suite de dessins constituant chacun une syllabe et dont l’interprétation permet finalement de découvrir le titre d’un livre, le nom d’un écrivain ou d’un personnage de roman. Tout le talent d’Honoré apparaît dans sa capacité à faire émerger une représentation graphique unifiée dans chacun de ses rébus. Il joue avec les matières et les couleurs, alternant les styles graphiques. Selon ses propres termes, il cherche à provoquer, à travers ces dessins, un plaisir intellectuel et visuel au public.
Une partie de ces rébus ont été réunis dans deux ouvrages: Cent rébus littéraires et Cent nouveaux rébus littéraires aux Editions Arléa.
Dans un monde où l' accumulation des biens représente la donnée fondamentale d'une société de consommation vouée à la technique, à la reproduction de l' objet, en deux mots, à un matérialisme aliénant, Ivana Gayitch, par un travail tout en précision, perçoit et rend sensibles les éléments constitutifs d'un univers où l' homme devrait pratiquer plus d'humilité si, comme elle, il avait toujours conscience d'être partie intégrante du grand Tout, donc le devoir de le respecter.
Sur l' axe allant du chthonien au cosmique, Ivana organise ses tableaux en les considérant comme des sculptures. Ils en possèdent les trois dimensions, contiennent ou suggérent des volumes où l' espace peut trouver son expansion. La lecture s'effectue de bas en haut, par exemple celle d'un paysage évoqué par l'ombre d'une côte maritime: il est surmonté d'un ciel zébré de lucioles astrales qui, au départ d'un mouvement manifestement aléatoire, proche du mouvement brownien, est constitué de cellules vibratiles appartenant aussi bien à l' infiniment petit qu'à l' infiniment grand.
Dans un autre tableau, organisé également de manière verticale, la rondeur d'un corps sphérique - peut-être notre terre - est surmontée d'une autre sphère apparemment fixe mais qu'on peut aisément imaginer en mouvement, astre ou planète dont la noirceur permet de penser que la boule de feu a fini par se consumer au long de sa course prolongée dans le temps sidéral.
Dans l' un et l' autre cas les matières utilisées sont naturelles, aussi bien minérales que végétales: minéraux broyés comme le marbre, l'ardoise, la terre, la craie, argiles et oxydes métalliques, mais aussi diverses fibres végétales, autant de matières constitutives de notre univers et maintenues dans leur état de nature, c'est à dire sans couleur rajoutée.
Une autre forme de travail complète ces oeuvres et les rejoint : ce sont des bustes créés dans une véritable démarche de sculpteur et faits des mêmes éléments. Elles ont comme point de départ la connaissance et la lecture par Ivana des poèmes de paysans serbes qu'elle reproduit dans leur écriture
cyrillique à l' intérieur de ces bustes ouverts, car vides de tout corps, ce sont autant d'enveloppes permettant la libre circulation de l' énergie vitale, à l' inverse de vêtements fermés qui souvent ne sont que le reflet d'un enfermement social. Ces bustes sont nés d' un long travail d'accumulation par strates d'éléments broyés qui rappellent ceux utilisés par les paysans qui, dans la rudesse de leur quotidien, sont habités par la terre qu'ils griffent en sillons. Les strates se superposent, à l' image de la vie qui se constitue par accumulation d'expériences et de moments de vie à chaque instant entretenus par la respiration. L' ouverture du buste est d'abord expression de la liberté du souffle de vie, mais peut également être ressentie comme un vide.
Pour reprendre les analyses de Bachelard, nous sommes avec le travail d' Ivana Gayitch, à la fois dans les rêveries de la terre et celles de l' air et dans l' ambivalence du symbole. Toutes les oeuvres peu nombreuses mais très denses par leur contenu évocateur suscitent en nous des rêveries profondes et, ce qui n' est pas leur moindre mérite, nous invitent à une réflexion intense sur notre existence, donc sur notre place dans l' univers. Les bustes eux-mêmes, dans cette dialectique du plein et du vide, dans leur ambivalence, à la fois symboles d'énergie et peut-être annonciateurs de lendemains crépusculaires, nous obligent à réfléchir sur notre destin aussi bien individuel que collectif: à échéance solaire, notre disparition est assurée, mais ne l' est-elle pas aussi dans un délai peut-être relativement proche, par la faute de l' Homme lui-même? N' en restera-t-il que des bustes vides de toute conscience voire de toute présence humaines?
Réunissant l'observation astronomique et le questionnement philosophique sur la place de l' Homme dans le cosmos, Ivana parvient à faire une synthèse de haut niveau poétique et rejoint, dans son expression artistique, la pensée de grands scientifiques qui, dans un monde rationnel, s'interrogent sur l' irrationnel et sont parfois de grands philosophes, de grands poètes, voire de grands esprits religieux.